Précisions de Françoise Ardillier-Carras

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Faisant suite à l’article publié ICI, la géographe spécialiste de l’Arménie Françoise Ardillier-Carras apporte les précisions suivantes :

Relayant les propos de M. Azizian, votre journaliste Capucine, ce 4 janvier 2024, écrit un article très utile sur les ressources en eau, une préoccupation criante dans le contexte climatique actuel mais aussi pour un pays comme l’Arménie, un des « châteaux d’eau » du sud Caucase mais amputée de territoires périphériques dotés en réserves lacustres et de sources.

Je voudrais juste apporter quelques précisions : dans le dernier paragraphe il est écrit que « La rivière Hrazdan, qui se jette dans le lac Sevan, fournit depuis des décennies de l’eau d’irrigation à la vallée fruitière … » je me permets de corriger une erreur majeure: la Hrazdan ne se “jette” pas dans le Sevan, bien au contraire, elle est son émissaire et va se jeter dans l’Araxe au sud de Erevan. Cette inversion hydrologique change tout, évidemment. L’irrigation évoquée concerne toutes les cultures maraîchères et fruitières de la plaine de l’Ararat (et non pas seulement les fruits). D’autre part, il semble qu’il y ait une confusion (ou bien est-ce un effet de la traduction) entre gestion de l’eau sous l’URSS et effets potentiels de modifications climatiques en cours. La réduction drastique du niveau, et donc du volume, du lac à partir des années 50 , est due à une gestion calamiteuse du système lacustre par les soviétiques et non à un problème de déficit hydrique dû aux changements climatiques. Le niveau a été « remonté » en partie après l’indépendance.

Dans cette configuration entre « avant » et « après » il y a plusieurs facteurs qui peuvent expliquer, au moins en partie, les dégâts hydrologiques du lac Sevan. D’abord c’est une stratégie mal maîtrisée de « vider » le lac pour « réduire sa surface et donc le volume d’eau qui s’évapore » (c’est là, la doxa des scientifiques sous l’URSS et on comprend l’erreur). Ensuite, une fois les dégâts constatés, c’est l’absolue nécessité de réhabiliter le système lacustre (d’où les transferts de bassins vers le Sevan) pour gommer les erreurs. Il n’empêche, le changement climatique qui semble générer des déficits de précipitations depuis plusieurs années, (alors que l’évaporation est toujours active d’où un bilan déficitaire) + le fait que le territoire de l’Arménie a été amputé de milieux lacustres et de zones sourcières (les territoires périphériques de montagne pris par l’Azerbaïdjan) crée une nouvelle donne avec un déficit aggravé de ressources en eau (fonte de neiges qui ne tombent pas, réserves souterraines auxquelles les Arméniens n’ont plus accès …).

Voilà quelques pistes pour éclairer les propos de M. Azizian.

En tous cas, l’eau, qui semblait en abondance grâce au relief montagneux, devient une préoccupation importante pour l’agriculture, l’industrie et les besoins vitaux de la population, comme dans bien d’autres endroits du monde, mais avec la différence majeure: l’enclavement physique et géopolitique du territoire arménien.

Françoise Ardillier-Carras

Naïri
Author: Naïri

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